Catholiques à Colombes
Église St-Pierre St-Paul, Chapelle St-Étienne St-Henri,
Église du Sacré-Coeur, Chapelle St Bernard

Categories

Accueil > Actualité > Obsèques de Pablo (14.11.2017)

14 novembre 2017

Obsèques de Pablo (14.11.2017)

Homélie du P. Olivier

Obsèques de Pablo Lazarevicz Mardi 14 Novembre 2017 St PP Colombes

"Une leçon d’humanité"

Cher Pablo,
Cet extrait de la lettre de St Paul aux Philippiens, nous l’avons entendu à la messe le dimanche 15 octobre, 3 jours après votre mort. Nous ne l’avons pas choisi. Il semblait tellement vous correspondre que j’avais proposé aux personnes de l’écouter comme si c’était vous, ou l’un de nos Amis du Parvis, sans abri, qui l’aviez écrit.

Pablo était arrivé à Colombes il y a trois ans et demi. La première fois, il est entré dans notre église avec son ami Tony qui poussait son fauteuil. C’était au cours de la veillée pascale. Ils sont revenus plusieurs fois à la messe ensuite. Ils ont rejoint ceux qui dormaient sur le parvis. Par leur présence, j’y ai vu, tant pour moi que pour la communauté catholique de notre Eglise, un appel à ne pas vivre comme le riche avec Lazare (Luc 16, 19-31). C’est quelqu’un qui attiré mon attention, très récemment sur la proximité de votre nom de famille avec le prénom du pauvre de la parabole : Lazarevicz – Lazare. Forcément. Evidemment ! En fonction de l’heure de la journée, nous savions où vous trouvez : sur le parvis, dans les environs de l’église, au feu rouge à côté du clocher de l’église détruite, près d’une supérette, à l’hôpital pour refaire votre pansement ou aller chercher votre courrier.
J’ai surtout vu des regards et des coeurs se transformer de chaque côté.
Depuis, comme beaucoup de Colombiens, nous avions pris le temps de lui dire bonjour, puis d’apprendre son prénom, puis de discuter avec lui, de tisser une véritable amitié avec lui, y compris des jeunes enfants dont Emile, petit bonhomme de deux ans et demi qui l’embrassait sur les joues, et qui, jeudi 12 octobre, en rentrant de l’école, ne voyant pas Pablo sur le parvis, après que sa maman lui ai dit que Pablo était maintenant au ciel avec Dieu et Jésus, a dit : "Et quand il aura fini de voler, il reviendra nous voir, maman ?"

Depuis presque 5 semaines maintenant, ce n’est pas votre matelas absent qui nous manque, ce n’est pas votre fauteuil roulant, c’est vous, cher Pablo, qui nous manquez. Vous n’étiez pas seul. Même si vous n’étiez pas toujours facile, vous aviez tissé patiemment, lentement un réseau de relations, autour de vous. Vous étiez un as de la relation et du discernement. Vous saviez demander aux uns et aux autres ce qu’ils étaient en capacité de vous donner. Beaucoup de petits rien qui faisaient beaucoup. Et vous saviez aussi donner. On pourrait écrire des fioretti. A combien avez-vous appris que ce que vous mendiez, ce n’était pas tant une pièce de monnaie, mais un sourire, un regard, un bonjour les yeux dans les yeux, à hauteur d’homme, alors que la tentation restait forte de vous regardez de haut puisque vous étiez assis dans votre fauteuil roulant.

Ce que nous savions de Pablo, c’est lui qui nous l’avait dit : sa fille au Canada, son passé de légionnaire. Depuis, nous avons appris que vous étiez marié. Nous avons fait notre possible pour prévenir votre épouse, mais nous n’avons pas réussi à la retrouver. Il y avait aussi une autre femme dans votre vie : la Vierge Marie dont vous portiez sur vous, une grande image, et un chapelet autour du cou.

Ce jeudi 12 octobre, alors qu’Annick venait d’ouvrir la garderie pour la réunion d’écoute et de partage sur l’Evangile du dimanche suivant avec les personnes seules et sans abri, elle vous a trouvé mort, tombé sur le côté, entre votre matelas et votre fauteuil. Cher Monsieur Lazarevicz, j’espère que vous êtes maintenant dans le sein d’Abraham. Et j’espère que nous pourrons vous y retrouver lorsque ce sera notre heure.

Pablo, merci pour votre amitié qui n’avait pas de prix pour ceux qui ont osé aller vers vous : ils n’ont pas été appauvris : ils ont vraiment enrichi et vécu avec Jésus la joie de la rencontre

Ph 4, 12-14.19-20 ; Ps 22 ;Lc 16, 19-31
P. Olivier Joncour

Lettre d’une paroissienne lu lors des obsèques de Pablo :

Très cher Pablo,
Je t’ai connu parce qu’un petit garçon voulait me faire découvrir qu’on ne rencontre Dieu pas que dans les églises, mais aussi sur leur parvis. J’étais pauvre de temps, tu n’avais que ça à offrir.
Tu n’avais plus tes enfants, les miens te tendaient les bras.
Pablo, tu as ouvert mon cœur à l’autre, à la différence.
Ne pas juger selon les apparences…
Aimer c’est se laisser bousculer, accepter de s’arrêter, pour un temps, goûter un peu d’éternité.
Aimer c’est se laisser regarder… « Tu as l’air fatiguée »…
Et se laisser aimer.
Aimer, c’est donner un plat chaud et se faire offrir mille gâteaux.
Une main serrée, un regard, un baiser, et dans cela tant d’amitié.
Le Royaume de Dieu était présent, au pied de ton fauteuil roulant.
« Boh, Boh, Boh », ta manière bien à toi d’accueillir notre arrivée. « Pablo, tu es beau avec ta casquette ! » « Maman, il est où Pablo ? »
Il est parti retrouver Celui qui nous l’avait envoyé pour nous conduire sur notre chemin d’humanité.

P.-S.

En savoir + sur Pablo

Plusieurs communiqués ont rapporté ce qu’il vivait.